Chrysobéryl
L’une des gemmes les plus dures après le diamant et le corindon : un aluminate de béryllium jaune-vert, lumineux et résistant, dont le nom prête à confusion car il n’a rien d’un béryl.
Le chrysobéryl est un oxyde d’aluminium et de béryllium (BeAl₂O₄) d’une dureté exceptionnelle de 8,5, ce qui le place juste derrière le diamant et le corindon parmi les gemmes courantes. Transparent et lumineux, il se décline du jaune miel au vert-jaune chartreuse, et compte deux variétés célèbres : l’œil-de-chat et l’alexandrite.
Pour le gemmologue, le chrysobéryl se reconnaît à un indice de réfraction élevé (environ 1,74–1,75), à une densité voisine de 3,75 et à ses mâcles cycliques fréquentes, qui lui donnent des contours pseudo-hexagonaux. Malgré son nom, il n’a aucun lien avec le béryl : la confusion est purement étymologique.
Ce que mesure le gemmologue
Les repères physiques qui identifient un chrysobéryl et l’écartent des gemmes jaunes qui lui ressemblent.
| Constante | Valeur | Ce qu’elle sert à écarter |
|---|---|---|
| Dureté (Mohs) | 8,5 | Béryl (7,5–8), topaze (8) |
| Indice de réfraction | ≈ 1,74 – 1,75 | Béryl (≈1,57–1,60), quartz (≈1,55) |
| Biréfringence | ≈ 0,008 – 0,010 | Verre (nulle) |
| Densité | ≈ 3,70 – 3,78 | Béryl (≈2,7), quartz (≈2,65) |
| Particularité | Mâcles cycliques pseudo-hexagonales | Matériaux fondus sans mâcle |
| Clivage | Distinct, non parfait | Topaze (clivage basal parfait) |
La dureté de 8,5 et la densité voisine de 3,75 séparent nettement le chrysobéryl du béryl malgré leurs noms proches : le béryl est bien plus léger et moins réfringent. L’indice élevé et les mâcles en « roue » caractéristiques achèvent de confirmer l’identification.
Le point gemmologique
Le chrysobéryl présente trois « visages » bien distincts. Le chrysobéryl ordinaire, transparent, va du jaune au vert-jaune ; l’œil-de-chat, ou cymophane, montre un fin rai de lumière mobile dû à des canaux parallèles ; l’alexandrite, enfin, change de couleur selon l’éclairage, du vert au rouge pourpre.
Ces variétés partagent la même espèce minérale, le même réseau et les mêmes constantes de base ; seuls les diffèrent les inclusions (pour le chatoiement) ou la présence de chrome (pour le changement de couleur). Pour approfondir ces deux phénomènes, voir nos fiches œil-de-chat (cymophane) et alexandrite.
La gemme des bagues qui durent
Sa dureté remarquable a toujours valu au chrysobéryl une réputation de pierre robuste, idéale pour les bagues et les bijoux d’usage. Les cymophanes jaunes à « œil » étaient très prisées dans la joaillerie du XIXᵉ siècle, où le terme « œil-de-chat », employé seul, désignait presque toujours le chrysobéryl.
Le nom ancien de « chrysolithe » a longtemps semé la confusion : il désignait tantôt le chrysobéryl, tantôt le péridot, deux pierres jaune-vert sans parenté. Quant à l’alexandrite, découverte dans l’Oural au XIXᵉ siècle, elle a donné au chrysobéryl son aura de gemme rare et précieuse.
Le nom et la pierre
Le mot « chrysobéryl » vient du grec chrysos, l’or, et de bêryllos : la « pierre dorée de la famille du béryl », selon une classification ancienne depuis corrigée. Le commerce distingue surtout le chrysobéryl ordinaire, la cymophane (œil-de-chat) et l’alexandrite, chacun avec sa propre échelle de valeur.
La qualité d’un chrysobéryl ordinaire se juge à la vivacité de sa couleur — un chartreuse ou un jaune-vert franc est recherché —, à sa pureté, à la qualité de la taille qui en révèle l’éclat, et, pour les variétés à phénomène, à la netteté de l’œil ou du changement de couleur.
D’où vient le chrysobéryl
| Origine | Caractère | Statut |
|---|---|---|
| Brésil — Minas Gerais, Espírito Santo | Jaune-vert, œil-de-chat | Source majeure |
| Sri Lanka | Jaune miel, cymophanes réputées | Source historique |
| Madagascar | Vert-jaune, cristaux nets | Source importante |
| Tanzanie, Zimbabwe | Jaune à brun | Sources actives |
| Russie — Oural | Alexandrite historique | Localité classique |
Le chrysobéryl se forme dans les granites, les pegmatites et certains gneiss riches en béryllium, puis se concentre dans les alluvions (placers) qui en facilitent l’extraction. Le Brésil, le Sri Lanka et Madagascar dominent le marché, tandis que l’Oural reste la localité mythique de l’alexandrite.
Confusions et critères praticables
- Avec l’héliodore (béryl jaune) : l’héliodore et les autres béryls sont plus légers et bien moins réfringents ; le chrysobéryl est plus dur (8,5) et plus dense.
- Avec le saphir jaune : le saphir (corindon) est encore plus dur (9), avec un indice et une densité supérieurs.
- Avec la topaze : la topaze a un indice plus bas et un clivage basal parfait, absent du chrysobéryl.
- Avec le péridot : le péridot montre une forte biréfringence (dédoublement net des arêtes) et un indice plus bas.
- Avec le verre jaune : le verre n’a pas de biréfringence et montre souvent des bulles.
Fourchettes de prix indicatives
Le chrysobéryl ordinaire reste accessible, mais ses variétés à phénomène atteignent des sommets. Voici quelques ordres de grandeur de négoce, à titre indicatif.
| Qualité | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Chrysobéryl jaune-vert, qualité courante | ≈ 30 – 150 € le carat |
| Chrysobéryl fin, chartreuse vif et pur | Nettement au-dessus |
| Œil-de-chat (cymophane) à bel « œil » | Très recherché |
| Alexandrite à changement net | Parmi les gemmes les plus chères |
La couleur, la pureté et la qualité de taille font le prix du chrysobéryl ordinaire. Pour les variétés, la netteté du phénomène — rai unique et bien centré de l’œil-de-chat, changement de couleur franc de l’alexandrite — prime sur tout le reste.
Le dur lumineux aux trois visages
Le chrysobéryl est un aluminate de béryllium (BeAl₂O₄) d’une dureté de 8,5, jaune à vert-jaune, à l’indice de réfraction élevé. Malgré son nom, il n’a aucun lien avec le béryl, et il se décline en trois visages : ordinaire, œil-de-chat et alexandrite.
Le bon réflexe : mesurer l’indice et la densité, chercher les mâcles cycliques, et ne pas confondre avec le béryl, le saphir jaune ou la topaze. Pour d’autres minéraux de caractère, voir aussi nos fiches hématite et dioptase.

Photo : chrysobéryl (aluminate de béryllium) — Shannon Heinle, Wikimedia Commons, CC0 / domaine public
Porter et entretenir un chrysobéryl
- Très résistant : avec 8,5 à l’échelle de Mohs, le chrysobéryl convient parfaitement aux bagues et bijoux portés au quotidien.
- Attention au clivage : bien que dur, il possède un clivage distinct ; on évite les chocs secs sur les arêtes.
- Nettoyage : eau tiède savonneuse et brosse douce conviennent dans la plupart des cas.
- Ultrasons : généralement tolérés pour les pierres saines, à éviter sur les gemmes fracturées ou sur l’œil-de-chat dont on vérifiera l’état.
- Rangement : à l’écart du diamant et du corindon, et séparé des pierres plus tendres qu’il pourrait rayer.
Bien acheter en 5 points
- 1. La couleur. Un jaune-vert ou chartreuse vif et franc fait la valeur du chrysobéryl ordinaire.
- 2. La pureté. Une pierre nette, sans inclusions visibles, se négocie mieux.
- 3. La taille. Une taille soignée révèle l’éclat permis par l’indice élevé.
- 4. Le phénomène. Pour la cymophane et l’alexandrite, la netteté de l’œil ou du changement de couleur prime.
- 5. Le certificat. Pour l’alexandrite surtout, un rapport de laboratoire est vivement conseillé.
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Découvrir la sélection →Questions fréquentes
Le chrysobéryl est-il un béryl ?
Non. Malgré leurs noms proches, le chrysobéryl est un oxyde de béryllium et d’aluminium, tandis que le béryl (émeraude, aigue-marine, héliodore) est un silicate. Ce sont deux espèces minérales distinctes, aux constantes différentes.
Quelle est la dureté du chrysobéryl ?
Elle atteint 8,5 à l’échelle de Mohs, ce qui le place au troisième rang des gemmes courantes après le diamant (10) et le corindon — rubis et saphir (9). C’est une pierre très durable.
Quelles sont les variétés du chrysobéryl ?
On distingue le chrysobéryl ordinaire (transparent, jaune à vert-jaune), l’œil-de-chat ou cymophane (chatoyant) et l’alexandrite (à changement de couleur).
Chrysobéryl et chrysolithe, est-ce la même chose ?
Non. « Chrysolithe » est un vieux terme ambigu qui a désigné tantôt le chrysobéryl, tantôt le péridot. On l’évite aujourd’hui au profit des noms d’espèces précis.
Le chrysobéryl convient-il à une bague ?
Oui, sa dureté de 8,5 le rend très adapté aux bagues d’usage quotidien. On reste néanmoins attentif à son clivage en évitant les chocs secs sur les arêtes.
Comment reconnaître un œil-de-chat de chrysobéryl ?
À son rai de lumière unique, net et bien centré, qui se déplace sur le cabochon, et à l’effet « lait et miel » de part et d’autre de la ligne. Ce phénomène est détaillé dans notre fiche cymophane.
Contenu éducatif. Les mentions de « vertus » relèvent des traditions et croyances, sans valeur médicale ni thérapeutique démontrée ; en cas de problème de santé, consultez un professionnel de santé. Repères indicatifs susceptibles de varier selon le marché et les expertises.
— La Rédaction de La Loupe