Quartz fumé
Un quartz assombri par la radioactivité naturelle des roches : du brun miel transparent au noir profond du morion, une gemme robuste et abordable qui se reconnaît à ses constantes plus qu’à sa couleur.
Le quartz fumé est la variété brune à noire du quartz : une silice (SiO₂) dont la teinte « fumée » provient de traces d’aluminium activées par la radioactivité naturelle des roches encaissantes. Dur (7), sans clivage et disponible en grands cristaux limpides, il est taillé en pierres facettées, en cabochons et en objets, et reste l’une des gemmes brunes les plus accessibles.
Pour le gemmologue, le quartz fumé partage exactement les constantes du cristal de roche, de l’améthyste et de la citrine : seule la couleur change. C’est pourquoi il faut savoir le distinguer des autres pierres brunes — topaze, tourmaline, andalousite, verre — qui, elles, ont des indices, des densités et des pléochroïsmes bien différents.
Ce que mesure le gemmologue
Les repères physiques qui identifient un quartz fumé et l’écartent des gemmes brunes qui lui ressemblent.
| Constante | Valeur | Ce qu’elle sert à écarter |
|---|---|---|
| Dureté (Mohs) | 7 | Verre brun (5–6), obsidienne (5–5,5) |
| Indice de réfraction | ≈ 1,544 – 1,553 | Topaze (≈ 1,61–1,64), tourmaline (≈ 1,62–1,64), andalousite (≈ 1,63–1,64) |
| Biréfringence | ≈ 0,009, uniaxe positif | Verre et obsidienne (monoréfringents), tourmaline (≈ 0,018) |
| Densité | ≈ 2,65 | Topaze (≈ 3,53), tourmaline (≈ 3,06), andalousite (≈ 3,17) |
| Pléochroïsme | Faible : brun / brun-rougeâtre | Andalousite et tourmaline (pléochroïsme fort) |
| Clivage | Absent — cassure conchoïdale | Topaze (clivage basal parfait) |
Un indice voisin de 1,54 et une densité de 2,65 suffisent, dans la grande majorité des cas, à identifier un quartz fumé. La topaze brune, plus dense, coule dans un liquide où le quartz flotte ; la tourmaline brune montre une biréfringence double et un pléochroïsme marqué.
Le point gemmologique
Comme tous les quartz macrocristallins, le quartz fumé cristallise dans des filons et des cavités où des fluides hydrothermaux riches en silice déposent lentement leur charge, ainsi que dans les poches des pegmatites granitiques. Pour la genèse en détail, voir notre dossier sur la formation des gemmes.
Sa couleur n’est pas due à un pigment mais à un centre coloré. Lors de la croissance, quelques ions d’aluminium (Al³⁺) remplacent le silicium dans le réseau, compensés par de petits ions comme le lithium ou l’hydrogène. Le rayonnement gamma émis par les éléments radioactifs des roches voisines (uranium, thorium, potassium 40) arrache ensuite un électron à un oxygène proche de l’aluminium : ce « trou » piégé absorbe la lumière et assombrit la pierre. Plus la dose reçue est forte et plus la teneur en aluminium est élevée, plus le quartz est foncé. C’est aussi pourquoi le quartz fumé abonde dans les granites et les pegmatites, roches naturellement un peu radioactives.
Cette couleur est sensible à la chaleur : un chauffage modéré, de l’ordre de quelques centaines de degrés, peut l’éclaircir jusqu’à l’incolore. À l’inverse, une irradiation en laboratoire peut enfumer un cristal de roche contenant de l’aluminium. Le quartz fumé, à la couleur souvent répartie en zones parallèles aux faces du cristal, ne présente en revanche ni fluorescence notable ni phénomène optique particulier, hormis de rares effets d’œil-de-chat ou d’astérisme dus à des inclusions aciculaires (voir les phénomènes optiques).
Des Highlands aux Alpes
En Écosse, le quartz fumé porte le nom de cairngorm, d’après le massif des Cairngorms où il était autrefois ramassé. Il orne traditionnellement les broches de plaid, les épingles de kilt et le pommeau du sgian-dubh, le petit couteau glissé dans la chaussette du costume des Highlands ; il est devenu un emblème de la joaillerie écossaise au XIXe siècle, lorsque la mode victorienne s’est emparée des bijoux « Scottish pebble ».
Dans les Alpes, les cristalliers recherchent depuis des siècles les « fours » où se cachent des groupes de quartz fumés parfois spectaculaires. La découverte la plus célèbre de ces dernières décennies est celle du Planggenstock, dans le canton d’Uri (Suisse), au début des années 2000 : un ensemble de très grands cristaux fumés dont une partie est exposée au Musée d’histoire naturelle de Berne. Outre-Atlantique, le quartz fumé est la gemme officielle de l’État du New Hampshire. Une tradition souvent rapportée veut enfin que des lentilles de quartz fumé aient servi, dans la Chine ancienne, à protéger les yeux de l’éclat du soleil — un récit populaire dont les détails restent mal documentés.
Dans les usages contemporains de la lithothérapie, le quartz fumé est associé à l’« ancrage » ou à l’apaisement. Il s’agit de croyances, sans fondement scientifique ni valeur médicale.
Le nom et la pierre
« Quartz fumé » est l’appellation correcte ; on rencontre aussi « quartz enfumé » et, en anglais, smoky quartz. Deux noms désignent des nuances particulières : le morion, quartz brun-noir si foncé qu’il paraît opaque en épaisseur, et le cairngorm, quartz brun-jaune à brun-roux, nom d’origine écossaise. En revanche, l’appellation « topaze fumée », encore vue dans le commerce ancien, est trompeuse et à proscrire : un quartz fumé n’est jamais une topaze.
La qualité d’un quartz fumé se juge d’abord à sa couleur — un brun chaud, homogène, ni trop pâle ni trop sombre pour garder de l’éclat —, puis à sa limpidité (absence de voiles et de fêlures) et à la qualité de la taille, qui doit éviter les zones « éteintes » dans les pierres foncées. Les inclusions esthétiques, notamment les aiguilles de rutile doré, peuvent au contraire faire la valeur d’une pierre. Pour la méthode générale, voir les 4C des pierres de couleur.
D’où vient le quartz fumé
| Origine | Caractère | Statut |
|---|---|---|
| Brésil — Minas Gerais, Bahia | Gros cristaux limpides, matière à facetter, quartz rutilé | Source majeure |
| Madagascar | Grandes pièces pour la taille et les objets | Source majeure |
| Alpes — Suisse, massif du Mont-Blanc | Groupes de cristaux fumés de collection | Localités historiques, tradition des cristalliers |
| États-Unis — Colorado (Pikes Peak), New Hampshire, Maine | Cristaux fumés associés à l’amazonite dans les pegmatites | Localités classiques |
| Écosse — massif des Cairngorms | Quartz brun-jaune « cairngorm » | Localité historique, production anecdotique |
| Ukraine, Kazakhstan, Chine | Grands cristaux de pegmatite, morion | Sources importantes |
Les associations du Colorado, où le quartz fumé noir côtoie l’amazonite bleu-vert, comptent parmi les spécimens minéralogiques les plus recherchés des collectionneurs. Une grande partie du quartz fumé de taille provient toutefois du Brésil et de Madagascar.
Confusions et critères praticables
- Avec la topaze brune : la topaze est nettement plus dense (≈ 3,53), d’indice plus élevé (≈ 1,61–1,64) et présente un clivage basal parfait.
- Avec la tourmaline brune (dravite) : la tourmaline a un indice plus élevé, une biréfringence double (≈ 0,018) et un pléochroïsme fort, avec une teinte nettement plus sombre dans l’axe du prisme.
- Avec l’andalousite : l’andalousite montre un pléochroïsme spectaculaire vert / brun-rouge, absent du quartz fumé, et une densité d’environ 3,17.
- Avec l’axinite : l’axinite, brune à violacée, est trichroïque et plus dense (≈ 3,3).
- Avec la citrine : la frontière est parfois floue dans les tons brun-jaune ; une citrine reste à dominante jaune ou orangée, sans composante grise. Certains quartz vendus comme « citrine » sont des améthystes ou des quartz fumés chauffés.
- Avec l’obsidienne et le verre : l’obsidienne et le verre brun sont amorphes, monoréfringents et plus tendres ; le verre trahit souvent des bulles rondes ou des lignes de coulée.
- Avec le quartz synthétique ou irradié : chimiquement identique, le quartz hydrothermal de synthèse peut être enfumé par irradiation ; seuls des indices de croissance ou une analyse de laboratoire permettent de trancher. Voir naturelle, synthétique ou imitation.
Traitements à connaître
Une bonne partie du quartz fumé du commerce a été obtenue ou modifiée artificiellement ; ces traitements, souvent indétectables à l’œil, doivent être déclarés (voir notre guide des traitements des gemmes) :
- Irradiation : un cristal de roche contenant de l’aluminium, exposé à un rayonnement gamma, devient fumé, voire noir. C’est la reproduction accélérée du processus naturel ; la couleur est stable à la lumière, mais sensible à la chaleur.
- Irradiation puis chauffage : un léger chauffage après irradiation permet d’ajuster la nuance et d’éclaircir un morion trop sombre.
- Faux « morions » : certains quartz très noirs vendus comme morions naturels sont des quartz irradiés intensivement. Pour un spécimen de collection, la provenance documentée compte autant que la pierre.
Fourchettes de prix indicatives
Le quartz fumé est une gemme abondante et accessible ; sa valeur tient à la beauté de la couleur, à la limpidité, au poids de la pierre saine et à la qualité de la taille. Voici quelques ordres de grandeur de négoce, à titre indicatif.
| Qualité | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Pierre roulée, pointe brute courante | ≈ quelques € à 20 € la pièce |
| Pierre facettée limpide, couleur commerciale | ≈ quelques € le carat |
| Grande pierre facettée, brun chaud homogène, taille de précision | Prime pour la couleur et la taille |
| Quartz fumé rutilé esthétique | Selon la beauté des inclusions |
| Groupe alpin ou spécimen associé (amazonite, Pikes Peak) | Marché de collection |
Comme pour le cristal de roche, la rareté tient à la taille et à la pureté : les grandes pierres limpides d’un brun profond et lumineux, taillées par un lapidaire de talent, valent bien plus que la matière courante. Les spécimens de minéralogie relèvent d’un marché à part, guidé par la provenance et l’esthétique.
Le quartz marqué par la roche
Le quartz fumé est un quartz brun à noir coloré par l’irradiation naturelle de traces d’aluminium : dureté 7, indice ≈ 1,54, densité 2,65, sans clivage. Robuste et abordable, il se distingue de la topaze, de la tourmaline et de l’andalousite par ses constantes et son pléochroïsme faible.
Le bon réflexe : mesurer l’indice et la densité, observer le pléochroïsme, refuser l’appellation « topaze fumée » et demander si la pierre a été irradiée. Pour les autres membres de la famille, voir aussi l’amétrine, le quartz rose et l’œil-de-tigre.

Photo : Natalie Goodwin / Pexels (licence Pexels)
Porter et entretenir un quartz fumé
- Robuste au quotidien : dureté 7 et absence de clivage le rendent adapté aux bagues, pendentifs et bracelets ; il reste cassant aux chocs francs sur les arêtes.
- Éviter la chaleur : la couleur peut pâlir à haute température ; lors d’une réparation, signalez la pierre au bijoutier pour qu’il la protège du chalumeau.
- Nettoyage simple : eau tiède savonneuse et brosse douce ; les ultrasons sont généralement tolérés sur une pierre saine, à éviter sur une pierre fêlée ou à inclusions.
- Pas de chocs thermiques : un passage brutal du chaud au froid peut fissurer le quartz.
- Rangement : à l’écart des pierres plus dures (topaze, saphir, diamant) pour préserver le poli.
Bien acheter en 5 points
- 1. La couleur. Un brun chaud, homogène et lumineux ; une pierre trop sombre perd son éclat.
- 2. Le nom exact. Exigez « quartz fumé » sur la facture, jamais « topaze fumée ».
- 3. Naturel ou irradié. Demandez si la couleur est d’origine ou obtenue par irradiation ; c’est particulièrement important pour les morions noirs.
- 4. La limpidité. Aucun voile ni fêlure visible à l’œil nu sur une pierre facettée.
- 5. La taille. Des proportions qui renvoient la lumière, sans zone éteinte au centre.
Voir des pierres d’ornement et des créations
Quartz, pierres de couleur et créations de joaillerie sélectionnées chez notre partenaire France Joaillerie.
Découvrir la sélection →Questions fréquentes
Qu’est-ce que le quartz fumé exactement ?
C’est une variété brune à noire du quartz (SiO₂, dureté 7), dont la couleur provient de traces d’aluminium activées par la radioactivité naturelle des roches où il s’est formé.
Le quartz fumé est-il radioactif ?
Non. Il conserve seulement la trace d’une irradiation passée sous forme de centres colorés ; il n’émet pas de rayonnement et se porte sans risque.
Quelle différence entre quartz fumé, morion et cairngorm ?
Ce sont tous des quartz fumés : le morion désigne les quartz brun-noir presque opaques, le cairngorm les quartz brun-jaune à brun-roux, d’après le massif écossais du même nom.
Comment distinguer un quartz fumé d’une topaze brune ?
La topaze est plus dense (≈ 3,53 contre 2,65), a un indice plus élevé et un clivage parfait. Un réfractomètre ou une pesée hydrostatique les séparent immédiatement.
Un quartz fumé peut-il être traité ?
Oui. Beaucoup de quartz fumés du commerce sont des cristaux de roche irradiés, parfois chauffés ensuite pour ajuster la nuance. Ce traitement doit être déclaré.
Le quartz fumé est-il cher ?
Non, c’est une gemme abondante. Seules les grandes pierres limpides d’une belle couleur, les inclusions spectaculaires et les spécimens de collection atteignent des prix élevés.
Contenu éducatif. Les mentions de « vertus » relèvent des traditions et croyances, sans valeur médicale ni thérapeutique démontrée ; en cas de problème de santé, consultez un professionnel de santé. Repères indicatifs susceptibles de varier selon le marché et les expertises. Sources : Mindat (fiche Smoky Quartz), GIA Gem Encyclopedia (Quartz), Rossman G. R., « Colored varieties of the silica minerals », Reviews in Mineralogy 29 (1994).
— La Rédaction de La Loupe